La protection des mineurs face aux écrans

 

Chronique du 17 mars 2025, à écouter sur radio Espérance ICI

 

Jonathan Haidt, universitaire américain spécialiste de psychologie sociale, a publié en 2025 en français aux éditions Arène, un livre que je vous recommande « Génération anxieuse ».

Dans ce livre, il alerte : « avec un smartphone toujours à portée de main et les réseaux sociaux pour horizon, toute une génération est en danger. (…) Son propos n’est pas nouveau : Haidt explore les facteurs invisibles qui menacent le cerveau et l’équilibre des jeunes : fragmentation de l’attention, dépendance aux écrans, baisse de l’estime de soi, manque de sommeil, disparition des interactions sociales réelles. »[1]

Mais il est bien utile pour rappeler à chacun l’urgence d’assumer ses responsabilités.

Alors justement, où en sommes-nous dans la prise de responsabilité tout d’abord des pouvoirs publics ?

S’agissant de la protection des mineurs contre l’accès à la pornographie, les progrès en la matière sont certains : à compter du 11 avril 2025, les sites français et non-européens devront avoir installé un outil de vérification d’âge bloquant l’accès aux sites pour les mineurs. La même obligation devrait s’appliquer en théorie aux sites européens à compter du 6 juin 2025[2]. Si les sites ne respectent pas cette obligation, après une procédure de mise en demeure[3], l’Arcom pourra ordonner directement leur blocage.

 

Pour les réseaux sociaux, après la loi du 7 juillet 2023 visant à instaurer une majorité numérique, les députés enquêteront prochainement sur les effets psychologiques du réseau social Tik-Tok sur les mineurs et proposeront de nouvelles mesures législatives[4].

 

Mais ces mesures institutionnelles ne suffisent pas sans l’implication des parents. La CNIL a par exemple rappelé que la vérification de l’âge mise en place pour les sites pornographiques pourra être contournée par l’utilisation d’un VPN ou par la création de sites miroirs. Elle insiste sur le fait que l’utilisation d’un contrôle parental et l’éducation au numérique et ses dangers restent d’actualité pour protéger les enfants[5].

C’est exact mais la véritable solution ne passerait-elle pas plutôt aujourd’hui par repousser l’âge d’accès libre aux écrans : 89% des 11-12 ans est équipé d’un smartphone. Et alors que l’inscription sur les réseaux sociaux est théoriquement réservée aux mineurs de 13 ans et plus, et qu’avant 15 ans une autorisation parentale est nécessaire, 87% des enfants de 11-12 ans utilisent régulièrement un réseau social[6] et passent environ 2h par jour sur leur téléphone avant ou après leur journée d’école ! Et les établissements scolaires peinent à faire respecter l’interdiction des smartphones dans les écoles et collèges.

Alors pourrait-on décider de ne pas donner un smartphone aux enfants avant 15 ans ? La société veut nous faire croire que c’est impossible. Mais comme l’a dit Jonathan Haidt dans une interview donnée au journal Le Monde au mois de février 2025, il suffirait qu’1/4 des familles mette en œuvre cette mesure pour que cela devienne socialement acceptable dans une classe d’âge et que les adolescents sans smartphone ne se sentent pas exclus.

Les enfants et ados ainsi sevrés auront aussi besoin que leurs parents s’investissent pleinement auprès d’eux pour leur permettre une enfance centrée sur « le jeu, la liberté, les activités extérieures, les amitiés réelles et l’autonomie ».

Cela peut paraître un programme ambitieux. Mais en se fédérant avec quelques autres parents de son village, de son quartier, de sa ville, pour s’encourager et s’épauler, il est possible de préserver ainsi le temps de l’enfance.

 

A la semaine prochaine !

 

 

Et le droit dans tout ça ?

Une chronique de Juristes pour l’enfance présentée chaque lundi sur Radio Espérance, par Olivia Sarton, Matthieu le Tourneur et Aude Mirkovic, à 8h, 12h45 et 19h20 (durée 3 minutes)

Retrouvez toutes les chroniques Et le droit dans tout ça ? sur radio Espérance ICI

 

 

 

 

[1] https://arenes.fr/livre/generation-anxieuse/

[2] Arrêté du 26 février 2025 publié au JO du 6 mars 2025 désignant les services de communication au public en ligne et les services de plateforme de partage de vidéo soumis à la LCEN : https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000051296465

[3] Loi du 21 mai 2024 modifiant l’article 10 de la LCEN du 21 juin 2004

[4] https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/17/dossiers/effets_psychologiques_tiktok_mineurs

[5] https://www.arcom.fr/se-documenter/espace-juridique/textes-juridiques/referentiel-technique-sur-la-verification-de-lage-pour-la-protection-des-mineurs-contre-la-pornographie-en-ligne

[6] https://blog.digimind.com/fr/tendances/87-enfants-11-12-ans-utilisent-regulierement-reseau-social

Partagez:

A découvrir également

Découvrez les autres sujets que nous avons abordés

Vous nous quittez ?

Gardez le contact avec nous en vous inscrivant pour recevoir nos newsletters