Service National Universel (SNU) : QUESTIONS POUR LES PARENTS

Dans quelques semaines, dans tous les départements de France, les autorités publiques vont se mobiliser pour inciter des jeunes à participer aux stages SNU qui auront lieu en juin 2020. Et chaque département accueillera des jeunes venus d’ailleurs. L’objectif est de donner l’impression que ces stages seront dès 2020 généralisés sur tout le territoire (en réalité, 30000 stages environ seront seulement proposés, alors que la classe d’âge concernée, celle des 15-16 ans, est presque 25 fois plus nombreuse).

(Article d’origine publié sur la page Chroniques des SNU.- Stages Normatifs chez UBU

L’opération SNU va donc se poursuivre comme elle a commencé, sous la forme d’une gigantesque opération de communication. Le documentaire diffusé dimanche 10 novembre par M6 est un nouvel exemple remarquable de la manière dont les médias relaient les efforts du gouvernement pour faire tomber les jeunes et leurs parents dans les bras de MM. Macron et Attal (au sens figuré mais aussi au sens propre : la réception à l’Elysée de l’héroïque Augustin, autiste Asperger, stagiaire à Bourges, par le président de la République, est une incroyable scène de propagande !)

https://www.6play.fr/zone-interdite-p_845/nouveau-service-national-les-jeunes-francais-au-garde-a-vous-c_12543681

A la lumière du rapport de l’INJEP dont nous parlions hier, nous voudrions aider les parents qui ne croient pas aux contes de fées, à se poser les bonnes questions sur la participation éventuelle de leur enfant à un stage en 2020.

1re question : est-ce que mon enfant sera en sécurité ?

Le rapport INJEP a pointé pour 2019 quelques difficultés concernant les locaux et surtout l’absence de personnel médico-social dans plusieurs centres SNU. Malgré sa complaisance, le documentaire de M6 montre quelques images peu rassurantes. Or l’on passera en 2020 de 14 sites à 90. Les nouveaux sites seront-ils tous sécurisés ? Des secours médicaux seront-ils présents partout ? Personne ne pourra répondre à ces questions avant juin 2020. Or les candidatures devront être déposées sans doute dès février ou mars.

2ème question : quel sera le programme de mon enfant ?

Le rapport INJEP relève que les programmes sont trop chargés et propose de les rationaliser autour d’un « projet global ». Mais le gouvernement ne s’est pas encore exprimé sur la teneur de ce projet. On risque donc de retrouver en 2020 le même éparpillement des activités des jeunes, certaines redondances avec les formations scolaires déjà reçues. De plus, les centres garderont certainement une part d’autonomie dans la fixation de leurs programmes. Or le centre d’affectation de chaque stagiaire n’est pas connu au moment du dépôt des candidatures.

A noter que, à l’époque du service militaire obligatoire, l’affectation des appelés était également connue au dernier moment ; mais tous les appelés faisaient leurs « classes » suivant un même programme, quelles que soient l’arme et la caserne d’affectation.

3ème question : comment est gérée la mixité filles/garçons ?

On le sait, garçons et filles sont logés dans des chambrées distinctes. Mais pour le reste, le rapport INJEP n’évoque pas ce sujet. Le documentaire de M6 ne donne aucune indication sur les barrières opposées aux possibles rendez-vous nocturnes. Et 2 ou 3 scènes semblent rappeler que les stagiaires sont des adolescents pas totalement insensibles à la différence des sexes. Mais on n’en saura pas plus …

4ème question : M. Attal souligne régulièrement que l’éloignement des parents contribue à libérer la parole des jeunes. Sait-on qui recueille cette parole et ce qui en est fait ?

Le documentaire de M6 montre une adolescente dont le contexte familial n’est pas simple et qui abandonne le stage avant la fin. Plusieurs cadres de son centre essaient de la convaincre de rester, mais aucun ne semble avoir cherché à joindre sa mère ou des parents.

En réalité, aucune communication n’est prévue entre les responsables des centres et les familles, ni avant ni pendant ni après les stages (sauf, probablement en cas d’accident grave en cours de stage).Le système a un caractère très administratif pour ce qui concerne les relations avec les parents.

5ème question : des débats sont-ils organisés sur des sujets politiques, sociaux, sociétaux, etc. ?

Le rapport de l’INJEP et M. Attal regrettent la place insuffisante laissée à la pédagogie active dans les stages de juin 2019. Un plus grand nombre de débats devraient donc être organisés dans les stages de 2020, le plus souvent sous la responsabilité des animateurs issus des associations d’éducation populaire. Il est peu probable que les parents soient prévenus à l’avance des thèmes de ces débats. Ils ne pourront donc même pas exercer le minimum de contrôle qu’ils arrivent péniblement à obtenir dans le cadre scolaire.

6ème question : envoyer son enfant dans un stage SNU est-il aussi un choix de politique nationale ?

Oui. Indépendamment des options qui peuvent être prises sur d’autres aspects de la politique nationale, il faut comprendre la stratégie du gouvernement. La réforme consistant à rendre les SNU obligatoires pour toute une classe d’âge peut susciter des oppositions au Parlement parce qu’elle porte atteinte à des libertés fondamentales (notamment la liberté d’éducation des enfants par les parents) et qu’elle a un coût budgétaire élevé. Mais justement elle n’a pas encore été soumise au Parlement ! Le gouvernement compte sur l’adhésion des parents et des enfants volontaires pour démontrer que le passage du volontariat à l’obligation sera une simple formalité, la réponse à une demande enthousiaste des jeunes français.

Personne ne devrait donc accepter d’envoyer son enfant en stage sans avoir réfléchi aux conséquences générales, politiques et fiscales, de son choix individuel.

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