Service National Universel (SNU) Rapport de l’INJEP nov. 2019

Nous l’avions annoncé le 21 octobre dernier. Le rapport d’évaluation des stages de juin 2019 par l’Institut national de la jeunesse et de l’éducation populaire (INJEP) vient d’être mis en ligne. Des premiers résultats avaient été publiés début octobre et un rapport détaillé « présentant l’ensemble des enseignements et l’ensemble des aspects du dispositif » sera publié « prochainement ».

Nous présentons aujourd’hui les points essentiels du rapport de 34 pages qui vient de paraître. Nous présenterons demain les questions que l’on peut se poser – et que les parents concernés devront se poser – à propos des stages prévus en 2020.

(Article original : https://www.facebook.com/permalink.php?story_fbid=2449109118645844&id=2337044516518972&tn=K-R)

https://injep.fr/publication/evaluation-de-la-phase-de-prefiguration-du-service-national-universel/

LES POINTS ESSENTIELS DU RAPPORT

Les deux rapporteurs notent d’abord qu’ils n’ont pas cherché à mesurer l’impact ou les effets des stages sur les jeunes. En effet, la réalité de certains effets attendus (par exemple, l’augmentation de l’engagement des jeunes au service de l’intérêt général) ne pourra être évaluée que sur le long terme.

Les rapporteurs ont une démarche plus opérationnelle. Ils s’en tiennent aux objectifs officiels fixés par MM. Macron et Attal, les considèrent comme atteignables et recherchent seulement les écarts trop voyants par rapport à ces objectifs qui ont pu être constatés lors des stages de juin 2019. Leur rapport est prudent et habile, mais il est très instructif pour qui le lit attentivement.

L’échantillon de juin 2019 n’était pas représentatif

Le plus gros écart a déjà été évoqué. Alors que les 1978 jeunes volontaires devaient constituer un échantillon représentatif des 7 à 800000 jeunes qui seront soumis aux SNU quand ceux-ci seront obligatoires, en réalité les enfants ou proches de familles militaires représentaient près d’un tiers de l’effectif. De même, les élèves des filières générales et technologiques étaient surreprésentés par rapport à ceux des filières professionnelles ou par rapport aux « décrocheurs ». Le rapport note aussi que tous les acteurs de l’opération n’ont pas perçu de la même manière la mixité des groupes (sociale, territoriale ou « diversité des situations »). A noter que l’aspect de la mixité filles/garçons n’est pas abordée. 


Les objectifs sont trop disparates

Les 4 objectifs officiels sont d’expérimenter la mixité sociale et territoriale, dynamiser et valoriser les territoires (ces deux objectifs étant résumés en un seul : renforcer la cohésion nationale), développer une culture de l’engagement et accompagner l’insertion sociale et professionnelle.

7 modules de formation ont été organisés pour rendre les jeunes capables d’atteindre les 4 objectifs. En outre, 3 bilans individuels ont été effectués pour chaque jeune (santé, illettrisme, compétences notamment numériques).

Tout cela pour un séjour de 15 jours à peine, au cours duquel, sans surprise, tous les participants ont eu l’impression d’un trop grand éparpillement. Les jeunes, eux, ont plébiscité les activités sportives et (compte-tenu du profil particulier de l’échantillon) les activités en rapport avec la défense, et ils ont eu plutôt tendance à bouder le reste. Le rapport suggère donc pudiquement de « travailler à la cohérence d’ensemble des modules proposés aux jeunes, pour qu’ils se présentent moins comme une succession de thématiques disjointes et correspondent plus à un projet global ».

La pédagogie fait débat

Le rapport révèle un aspect des stages assez méconnu, mais apparemment très sensible : les équipes d’encadrants sont composées de personnes, en activité ou non, provenant de trois univers : l’armée (réservistes), l’éducation nationale (enseignants), les mouvements d’éducation populaire (titulaires de BAFA et autres). Une des ambitions du gouvernement est de marier les cultures de ces trois univers. Or en pratique les encadrants issus de l’éducation populaire, partisans de méthodes pédagogiques actives, semblent avoir été sous-employés. 

M.Attal paraît vouloir renforcer leur poids dans les prochains stages, mais on ne peut ignorer que les méthodes dites actives consomment plus de temps que les méthodes d’enseignement traditionnel. Ce serait une raison supplémentaire pour alléger le programme des stages.

La possibilité de réduire les coûts mise en doute

Le rapport mentionne un coût unitaire de 1300 à 2000 € par jeune pour le séjour de juin 2019 (hors coût de transport et d’uniforme), chiffres conformes à ceux du gouvernement. Mais les rapporteurs écrivent : « Il n’est pas certain que des économies d’échelle puissent être réalisées lors des sessions ultérieures », ce qui contredit les déclarations de M. Attal.

En effet, le rapport relève un certain nombre de lacunes ou d’insuffisances qui devront être corrigées : inadaptation de certains locaux, absence de personnel médico-social sur les sites, formation insuffisante de certains personnels d’encadrement avant le début des stages, rémunération trop faible des cadres intermédiaires, sans oublier les demandes des jeunes eux-mêmes portant sur la nécessité de disposer d’un plus grand nombre d’uniformes et sur l’amélioration de la nourriture. Le rapport note aussi que « l’aspect pionnier du dispositif de juin 2019 a créé une dynamique (professionnels et intervenants travaillant bénévolement, prêts de salles) qu’on ne retrouvera pas nécessairement dans les sessions ultérieures ».

Le rapport pose en outre dès à présent la question de professionnaliser les métiers d’encadrement des SNU et de créer des sites exclusivement dédiés aux stages.

Conclusion

La plupart des questions posées par le rapport portent sur des sujets de fond. On aurait pu espérer que le gouvernement s’emploie d’abord à y répondre, puis qu’il teste ses réponses sur un nouvel échantillon comparable en taille à celui de juin 2019. Or il n’en est rien : le démarchage de volontaires pour les stages 2020 commencera dès janvier, alors que toutes les réponses n’auront pas été apportées ; et l’échantillon sera 15 fois plus grand (30000 volontaires) !

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