BEAUCOUP PLUS QU’UNE CASE SUR UN FORMULAIRE Parent 1 / Parent 2

Avec Bertrand Vergely

Atlantico : Le ministre de l’Education Jean-Michel Blanquer est opposé à cet amendement, mais l’assemblée a jugé bon « d’ancrer dans la législation la diversité familiale » selon les mots de Mme Petit à Ouest France. Au delà du projet de société sous-jacent, en quoi cet amendement serait-il problématique s’il venait à être définitivement voté ?

Article original: https://www.atlantico.fr/decryptage/3565975/parent-1–parent-2–derriere-l-ajustement-administratif–une-lourde-offensive-ideologique-bertrand-vergely?utm_term=Autofeed&utm_medium=Social&utm_source=Facebook&fbclid=IwAR22PI03Sp9oQvX_9ZPcWd8JyI5oGi6c3lACa4Dgseg-rgtk8CHeydxNKw0#Echobox=1550134289

Bertrand Vergely. Quand le mariage pour tous a été proposé, ceux qui ont critiqué ce projet ont fait remarquer que le problème de fond n’était pas celui de la tolérance envers les couples gays, mais des conséquences que ce mariage allait avoir.  Ils ont notamment fait remarquer que, deux hommes, deux femmes, ne pouvant pas avoir d’enfants, si l’on voulait passer outre, on allait devoir nécessairement rentrer dans la fiction en faisant comme si  l’impossible pouvait être possible. Avec l’amendement voté à l’assemblée par la REM, on a un exemple saisissant des problèmes que pose ce mariage dès lors que l’on persiste à ne pas vouloir entendre la voix de la raison.

     Soyons d’abord clair sur le fond de la question qui se pose : quel est l’enjeu de l’amendement voté par la REM, à savoir que, désormais, dans les documents officiels de l’Éducation Nationale, il ne soit plus question de père et de père mais de parent 1 et de parent ? Selon LREM, il s’agit d’ancrer la diversité familiale dans la législation. Projet qu’il convient de traduire ainsi : il faut faire évoluer la société et lui faire accepter la nouvelle famille. Pour cela, la loi doit montrer l’exemple. Mais aussi il importe de conditionner les consciences dès le plus jeune âge. Si nos petites têtes enfantines sont habituées dès leur plus jeune âge à ne plus entendre parler de père et de mère mais de parent 1 et de parent 2, pour sûr, la société va changer et la nouvelle famille sera acceptée. À la mairie de Paris, Anne Hidalgo a déjà montré l’exemple, les documents officiels de la mairie ne parlant plus de père et de mère mais de parent 1 et de parent 2,  qui plus est, sur fond d’écriture inclusive. Il s’agit pour la REM d’étendre cet exemple.

     Quand le transhumanisme se propose de supprimer la mort, il est stupéfiant d’apercevoir que ceux-ci n’ont absolument pas songé aux conséquences de leur projet en se demandant ce que pourrait être une humanité qui ne meurt plus. Quand la REM vote cet amendement concernant la réforme du langage, quand on a quelque bon sens, une chose vient à l’esprit : ont-ils réfléchi deux minutes à ce qu’ils faisaient ?  À l’évidence non, sinon ils auraient aperçu l’irréalité, le tissu d’absurdités et la sidérante désinvolture que comporte ce projet.

S’agissant de l’irréalité, constatons le, nos chers députés de la REM vivent dans un monde où la réalité n’existe pas. Et ce parce qu’ils sont dans la pensée magique en s’imaginant que, par une loi, le monde va changer. En quoi ils rêvent en faisant preuve d’une confiance délirante dans leur toute puissance de législateurs, assaisonnée d’une overdose de naïveté.

     Pendant que la loi va interdire de parler de parent 1 et de parent 2, que va-t-il se passer dans le monde réel où vivent des personnes réelles menant une vie réelle ? Ce qui se passe dans la cour de récréation où les enfants posent toujours deux questions à leurs petits copains et à leurs petites copines : « C’est qui ton père ? C’est qui ta mère ? »Pendant que la loi fait mine d’ignorer l’existence d’un père et d’une mère, les enfants eux ne l’ignorent pas.

     Ils ne sont pas les seuls. Les adultes non plus ne l’ignorent pas. Dans les cabinets de psychanalyse de quoi parlent ceux et celles qui s’y rendent parce qu’ils souffrent ? De ne pas avoir eu de père ni de mère. Pendant que la loi fait mine d’ignorer la réalité d’un père et d’une mère, eux ne l’ignorent pas. Ils ne sont pas les seuls, là encore.

     Quand une femme homosexuelle veut un enfant et se fait faire une PMA pour cela, de quoi rêve-telle ? D’être mère. Et quand un homosexuel fait faire un enfant par une GPA, de quoi rêve-t-il ? D’être père. D’où un paradoxe surréaliste. Alors que le législateur va très certainement faire voter la PMA puis la GPA permettant aux couples homosexuels d’être mère pour les femmes et père pour les hommes, la loi va interdire d’utiliser ces termes afin de les protéger.

     À cette ignorance du monde réel de la part de nos  députés de la REM s’ajoute le tissu d’absurdités auquel va inévitablement donner lieu cet amendement si il est définitivement adopté.

     Si cet amendement est adopté, soyons clair, le but de ce projet étant de modifier les mentalités en commençant par la loi, celui-ci ne va pas en rester là. Il va donc falloir modifier toute la langue française et toute la culture qui, depuis des millénaires, utilise les termes de père et de mère. Comment va-t-on faire ? Si le législateur ne fait rien, la situation va être d’un grotesque achevé. Alors que la société continuera de parler de père et de mère, la loi les ignorera. Si bien que la loi sera schizophrène et la société sera condamnée à le devenir. Si, pour mettre la société en accord avec la loi, le législateur décide d’agir en mettant la société aux normes, il est fort à parier qu’elle ne rencontrera pas le même succès que la mise aux normes des sanitaires pour les handicapés.  Si le législateur veut vraiment agir, il sera obligé de sanctionner la prononciation des termes père et mère dans l’espace public. S’il sanctionne, il fera haïr la diversité en montrant que pour vacciner les Français contre elle, il n’y a pas mieux. La diversité sera ancrée dans la législation tandis que la haine de la diversité s’ancrera dans les esprits. Quand on entend changer le monde, bravo ! Joli résultat…

     Il y a la loi, mais il y a aussi le langage. Le langage est rempli de mots parlant de père et de mère, notamment la littérature. Que va-t-on faire ? Va-t-on mettre la littérature aux normes ? Pour parler de Dieu le Père et du Père Noël, comment va-t-on faire ? Dieu sera-t-il parent 1 ou parent 2 ? Et le père Noël ? Parent 1 ? Parent 2 ? Marcel Pagnol a écrit La gloire de mon père et Le château de ma mère. Va-t-on devoir rebaptiser ses romans « La gloire de mon parent 1 » et « Le château de mon parent 2 » ? Et le chef d’œuvre d’Albert Cohen Le livre de ma mère, va-t-il falloir le rebaptiser « Le livre de mon parent 1 ou 2 » ? Quand Victor Hugo écrit « Mon père, ce héros au sourire si doux » va-t-on rectifier son poème en écrivant « Mon parent 1 ou 2 au sourire si doux » ? Quand à la bouleversante chanson de Charles Aznavour« Comme ils disent », chanson culte des milieux gays, qui commence par « J’habite encore avec maman » va-t-il falloir la réécrire en la faisant commencer par « J’habite encore mon parent 1 ou 2 » ?  

     Cette question épineuse en matière de langage va poser des problèmes dans les couples ainsi que dans la société. Quand dans les couples gays la question parent 1, parent 2 ne devrait pas poser de problème, dans les couples hétéros, cela ne sera pas si évident. Être parent 1 est tout de même plus valorisant qu’être parent 2. Qui va être parent 1 ? Si c’est l’homme, la femme va faire la tête et trouver qu’une fois de plus la femme passe au second plan   Et si c’est la femme, c’est l’homme qui va faire la tête et devenir antiféministe.

Dans les milieux « bobos », cela ne posera certainement  pas de problème, mais dans les milieux populaires ? Qui va aller expliquer aux gilets jaunes que désormais  l’un d’entre eux devra s’appeler parent 1 et l’autre parent 2 ? Ne sont-ils pas déjà assez énervés, est-il besoin de rajouter une louche d’huile sur le feu ?

     Jean-Michel Blanquer, qui est un grand ministre de l’Éducation Nationale et un fin politique, s’est opposé à ce projet, signe que dans le gouvernement, tout le monde n’est pas d’accord avec cette absurdité.  Il est tragique de constater que sa voix n’a pas été entendue, cet amendement portant tort à la crédibilité du politique et, par là même, à la stabilité des institutions. 

     Il convient de s’interroger : quand des politiques se mettent à vouloir dicter ses lois à la réalité ainsi qu’aux consciences, en décidant pour cela de supprimer des mots, pour qui nous prennent-ils, nous les électeurs ? Pour des abrutis qu’il s’agit de conditionner afin de les faire bien penser. Non contents de décider que désormais un homme et une femme et un père et une mère ne sont plus indispensables pour faire un enfant et l’élever, ceux-ci veulent supprimer jusqu’au souvenir des notions de père et de mère en rendant la loi amnésique à ce sujet. Soljenitsyne a écrit L’archipel du Goulag pour lutter contre Staline qui expliquait que le Goulag n’avait pas existé. Raymond Aron a lutté toute sa vie  pour montrer à quels désastres conduisait l’idéologie quand celle-ci dirige le monde. Notre monde n’est pas le communisme de Staline. Il n’empêche. Cette façon de vouloir corriger le langage pour nous faire bien penser est le signe que notre monde a basculé dans un totalitarisme soft. Avec Staline, c’était l’horreur, mais les choses au moins étaient claires. On savait à quoi s’en tenir. Aujourd’hui, ce n’est pas l’horreur. Mais rien n’est clair. Tout est pernicieux, sournois. Beaucoup de ceux qui ont connu la dictature stalinienne et qui regardent ce qui se passe actuellement en France n’hésitent pas à le dire : « Le climat idéologique qui règne actuellement en France rappelle étrangement les heures sombres du communisme que nous avons vécu. Avec un détail alarmant : le politique se permet des choses que les communistes n’auraient pas osé faire ».

L’amendement voté par les députés REM  aurait pu éviter d’effacer les termes pères et mères sans pour autant nier l’existence des familles homoparentales. Il ne l’a pas fait. Pourquoi ? N’est-ce pas pour des raisons idéologiques ? 

Bertrand Vergely. L’idéologie est ce qui se passe quand les idées utilisant le pouvoir politique, et le pouvoir politique utilisant les idées, la pensée devient ce que tout le monde répète sans s’en rendre compte. C’est, en un mot, le pouvoir de l’idée au service d’une certaine idée du pouvoir.

     Dans le cadre de cet amendement, on trouve trois manifestations de l’idéologie.

     La première  est elle de la LGBTQ parmi un certain nombre de députés et de politiques. La LGBTQ qui entend défendre les Lesbiennes, les Gays, les Bisexuels, les Transsexuels et les Queer (les étranges) a décidé d’être une idéologie c’est-à-dire une idée prenant le pouvoir et s’imposant par la force dans les esprits en utilisant pour cela avant tout le lobbying, c’est-à-dire l’action souterraine auprès des medias et des politiques. Dans la vie quotidienne, cette action souterraine se voit de par le fait qu’il est continuellement question de lutte contre l’homophobie et les discriminations. À force de marteler cette lutte à tout bout de champ, celle-ci finit par rentrer dans les esprits. Par exemple, par peur de paraître homophobe,  si on déclare ouvertement être  contre la suppression des mots père et mère, tout le monde va se taire, parler d’autre chose, dire que ce n’est pas grave, que la famille avec papa-maman après tout c’est relatif.

     Habituons les esprits à avoir inconsciemment peur d’être taxé d’homophobe, comme on a inconsciemment peur d’être taxé de réac, soudain il n’est pas étonnant de voir  apparaître un projet de loi décidant de changer les mots dans les documents de l’Éducation Nationale et ce afin de conditionner les esprits et notamment les enfants. Le but de la LGBTQ est clair : que le libéralisme absolu en matière de mœurs devienne la norme en faisant disparaître la sexuation homme-femme et son caractère fondateur en matière de vie au profit du transgenre.

Par ailleurs, autre manifestation de l’idéologie : le paraître et derrière lui le poids de l’opinion, des medias, de l’époque. Être ouvert aux nouvelles parentalités, c’est cool, c’est tendance, cela fait jeune, dynamique. C’est être ouvert, large d’esprit, « open minded » comme on dit aux États-Unis.

Auprès des medias et des jeunes ça passe. Bien mieux que le fait d’être contre le mariage pour tous qui donne l’impression d’être le fait d’un nid de réacs aussi ringards et à côté de la plaque que ceux qui sont contre l’avortement.

Il est frappant d’apercevoir qu’un homme de la qualité d’Edouard Philippe qui était contre la PMA il y a cinq ans est maintenant pour, en expliquant qu’il faut y aller parce qu’il a, dit-il,  évolué. Ce terme d’évolution est frappant. C’est ce terme même qu’Elisabeth Guigou a utilisé pour expliquer, elle aussi, son revirement.

      Alors qu’en 1998 elle soutient haut et fort devant l’Assemblée Nationale qu’elle est pour le PACS afin que le mariage gay n’ait pas lieu. Alors qu’elle explique  que « le mariage  est autre chose qu’un contrat entre deux individus de par le fait d’institutionnaliser la différence des sexes afin de faire naître l’enfant comme promesse au sein de la transmission entre générations », en 2012 plus rien. Elle a évolué et soutient François Hollande avec son projet de mariage pour tous. Le mariage réduit à un simple contrat ? Pas de problème. La fin de l’institutionnalisation de la différence des sexes afin de faire un enfant ? Pas de problème non plus. Dans la société du spectacle qui est la nôtre, un politique, s’il veut survivre, se doit de ne pas être un ringard. Il se doit pour cela d’évoluer  afin d’être en phase avec son temps.

     Laurence Ferrari, du temps où elle animait le journal de 20h, avait commencé ainsi l’un de ses journaux du soir : « La France est en retard ». À l’époque, le mariage pour tous n’était pas encore légalisé.  Et la France était, selon elle, dramatiquement en retard.

     S’il y a le poids du lobbying exercé par la LGBTQ, ne négligeons pas le poids du regard exercé par les medias, le modernisme, l’époque, l’évolution, le fait d’être de son temps. Surtout, ne pas déplaire à ce regard. Etre bien vu par ce regard qui voit tout, si l’on veut se faire bien voir.

     Troisième manifestation enfin de l’idéologie : la mauvaise conscience. Toute cette agitation autour des nouvelles parentalités ! Quand on a une vraie pensée, on ne recourt pas à la contrainte pour l’imposer. Quand on n’a pas de pensée, quand on est un amateur, on se débat comme on peut. Hegel disait : « À la facilité avec laquelle un esprit se satisfait peut se mesurer l’étendue de sa perte ». Cette réforme absurde transpire l’indigence et l’ineptie qui n’osent pas dire leur nom.

N’y a-t-il pas une injonction paradoxale dans notre société où on demande à désexualiser la parenté mais au non de l’égalité, on demande par exemple au père de prendre une place plus importante (congé de paternité…) ?

Bertrand Vergely. Nous vivons un véritable paradoxe. Dans le féminisme, ce paradoxe est criant, le féminisme pour libérer la femme allant jusqu’à dire que la femme n’existe pas, histoire de la délivrer de ses stéréotypes. Attitude que Simone de Beauvoir dénonçait déjà quand, à la fin du Deuxième sexe, elle s’élève contre les excès du féminisme américain qui invite les femmes à consulter un psy quand elles osent se prendre pour une femme. Aujourd’hui, au nom de la libération sexuelle totale, on fait de la neutralité sexuelle qui désexualise totalement la sexualité le fondement de la sexualité libérée. Être sexuellement libre consistant à pouvoir choisir non seulement sa sexualité mais son sexe, être sexuellement libre n’est possible que si à la base de la sexualité on met un sujet sexuellement neutre décidant de choisir son sexe selon son bon plaisir. Le choix des termes parent 1 et parent 2 pour désigner les parents est à cet égard significatif.

     On veut libérer la parentalité mais pour cela que fait-on ? On la désexualise. Ce qui est aberrant. Pour qu’il y ait famille il faut qu’il y ait un homme et une femme pour produire l’enfant qui sera à la base de la famille. Supprimons la sexuation homme-femme. Faisons la disparaître. C’est la famille que l’on rend impossible. La loi est, de ce fait, aujourd’hui, aussi folle que l’idéologie trans. En décidant de ne plus reconnaître officiellement les notions de père et de mère, c’est sa propre possibilité qu’elle ruine.

     Personne n’est jamais né d’un parent 1 et d’un parent 2. Personne n’est jamais né d’un couple sexuellement neutre qui ne connaît ni homme, ni femme, ni père, ni mère. En décrétant que désormais, le père et la mère n’ont plus d’existence légale, la loi fait naître les hommes d’une humanité qui n’existe pas. Alors que le réel (un père et une mère) devient fictif, le fictif (parent 1 et parent 2) devient réel. En outre, la loi se rend coupable non seulement d’un acte délirant mais d’un mensonge pur et simple. Dans une PMA, le père réel existe. Et dans une GPA, la mère réelle existe. Désormais, grâce à la loi, ils n’existent plus. La loi les a fait disparaître.

     Le mariage pour tous n’est pas un progrès sociétal. C’est une rupture d’humanité que l’on veut faire passer pour un progrès sociétal. On s’en aperçoit avec le passage au concret de ce mariage. On est dans la violence. Celle d’une minorité qui a pris en main la morale de toute la société en imposant ses vues minoritaires à la majorité. Celle d’une majorité condamnée à devoir renoncer à être ce qu’elle est pour obéir aux nouvelles normes édictées par cette majorité.

     Les gilets jaunes réclament plus de démocratie et proposent un RIC, un Référendum d’Initiative Citoyenne. Et si on faisait un référendum pour demander aux Français s’ils sont d’accord pour que l’on supprime les notions de père et de mère du vocabulaire législatif de la République ? Pour le coup, on aurait une vraie question concernant tout le monde. Et l’on aurait l’occasion de montrer que l’on est vraiment démocrate.

On connaît la réponse. Ce référendum n’aura pas lieu. Parce que les politiques qui aujourd’hui proposent de supprimer les notions de père et de mère savent fort bien quelle serait la réponse du peuple s’il était consulté sur ce sujet.

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